INTERVIEW // Loko : en tête à tête avec la rue

By Amelie Sales — juillet 04, 2014

LO FADA LOKOArtiste prolifique de Montpellier, Loko joue avec les pigments pour redonner des couleurs à nos rues. Facétieux et discret, le graffeur à l’univers singulier offre un visage souriant à un mobilier urbain particulièrement dépourvu d’humanité : les poubelles de la ville. Le 10 juillet prochain, il exposera pour la première fois en solo à la galerie At Down…

Quel âge as-tu Loko ? « Je n’ai pas l’âge de mes artères ! »

Quel est ton parcours dans le graffiti ?

Ma sœur me met mon premier marqueur dans les mains, le temps d’un soir où elle avait monté le YO Crew vers 1994. Ensuite, j’ai pris un nom quand on m’a appris les rudiments en 98, avec l’équipe du Petit Pont. Premiers pas dans le Verdanson, à déchiffrer les wildstyles fumants de l’époque. Quelques tags à droite à gauche, façon-façon, rien de sérieux. Après, il y a eu la connexion de mes potes avec Kent via le rap. Ça donnait les Myxomycètes et la peinture s’est mise à couler. La même quand je suis parti vivre avec le Twis, les épingles à nourrices en plus ! Et puis des tas de rencontres, les gens de la rue, les peintres, les polices… des cools et des abrutis dans chaque catégorie.

Comment définirais-tu ton univers artistique ?

Je n’ai pas trop de recul là-dessus, je suis obligé de créer pour vivre. Je change de technique selon les moments : sculpture, découpage, peinture, dessin… mais ça tourne toujours autour des visages. Si c’était une tortilla, tu remplaces patates et oignons par cyclothymie [trouble de l’humeur] et syllogomanie [accumulation compulsive d’objets], les œufs par la catharsis, l’huile d’olive par la créativité. Moi, je fais la poêle. Bien sûr, il faut les techniques de grand-mère pour la réussir. Dédicace à mes grand-mères !

Que représentent les visages que tu peins ? Des lunes, des soleils, ton autoportrait ?

Les gens voient beaucoup des lunes ou des soleils. C’est marrant, je les ai jamais vus comme ça. Il y a un peu de moi sûrement. Et puis un peu de ce qu’on est sans notre masque d’humain.

Tu peins sur des murs, des bennes, des poubelles ? Sur d’autres supports aussi ? Comment et pourquoi choisir ces supports ?

Les poubelles, elles m’ont nourri pendant 5 ans et m’habillent depuis 10. Je leur dois bien ça ! Je les aime, elles m’aiment, tout va bien ! Il n’y a que Nicollin qui essaye de ruiner notre couple en les effaçant. Parfois, je peins des choses trouvées dans la rue, que je laisse sur place ou bien je peins sur des véhicules quand on me le demande. Et puis les murs, parce que c’est vertical !

LOKO VERDANSON POUBELLE VIN

Quels médiums utilises-tu et où les trouves-tu ?

Le plus grand des médiums : Gustavo Rol. Sinon, tout ce qui marque ! Quand je peux avoir des sprays, je suis content. Sinon je me débrouille avec ce qui traîne. Ca amène à faire des choses différentes : si j’ai que des craies, je fais des marelles. Mais bon, j’essaie de m’arranger pour ne pas avoir que des craies en général.

Tu peins de jour, de nuit ? Tu prépares tes croquis et repères les lieux à l’avance ?

Je peins quand j’en ai le besoin ou l’envie, là où je peux. Je fais des sketchs, mais j’en ai jamais reproduit. Je préfère l’improvisation avec sa part de ratés et de surprises. Pour les lieux, j’aime partir au hasard. On s’oublie quand on se perd, et la peinture a une meilleure saveur. Trouver des terrains vierges, défrichés, les partager, ils prennent un nom… on s’y attache !

Tu fais des connexions avec d’autres graffeurs ?

Hormis mes potes, ça m’arrive oui ! C’est sympa de partager un mur. En général, ça donne que des additions, mais il arrive que les forces se multiplient. Là c’est vraiment intéressant !

SOYEZ GENTIL LOKOQuels projets aimerais-tu que l’on te propose ?

J’aime les projets qui mêlent diverses pratiques. Après, je peux faire n’importe quoi si je m’entends avec les gens, ou à défaut, si je suis payé.

Que penses-tu de l’effervescence autour du street-art/graffiti ?

Le marché de l’art s’intéresse à nous. Ca excite certains. Moi ça me fait un peu peur. Ça attire des arrivistes qui utilisent le mouvement pour blanchir nez et billets ! Mais ça pousse aussi des talents à monter le niveau et à en vivre, tant mieux !

Interview réalisée en janvier 2014 et publiée dans Busk Magazine n°2

EXPO LOKO

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