PORTRAIT // JonOne : « Je suis un faux street artist, un imposteur ! »

By Amelie Sales — juin 25, 2015

jonone - jon156Il est de bon ton de parler « street art » à l’heure où tout le monde surfe sur la vague sans en connaitre, pour la plupart, le sens du terme : street art, graffiti, tag, vandal… tout est mis dans le même sac ! Street art, ça fait certainement plus smart, plus propre, plus hype. On ne distingue pas un courant d’un autre, une pratique d’une autre. Street art, ça sonne bien ! Et c’est à ce titre que la méprise porte à confusion. C’est donc cette étiquette indélébile que l’on a collée sur le front de JonOne. Or, littéralement parlant, il n’est pas vraiment street artist, l’assume, le clame, plus ou moins en off, à demi-mot ou ouvertement en se rapprochant de mon dictaphone. « Je suis un imposteur ! » s’écrit l’Américain non sans humour et à l’accent outre-atlantique. Une imposture dans laquelle on l’a malgré lui positionné, sans le vouloir certes, mais une brèche dans laquelle il s’est volontiers laissé propulser, pourvu qu’on l’expose ! « Un street artist, il sort des Beaux-Arts pour aller dans le rue, faire de belles affiches. Moi j’ai fait de la peinture pour sortir de la rue justement ! Je n’ai jamais voulu y retourner. Et aujourd’hui, je ne parle pas de la rue dans mes expositions ! » Hier, il était bien plus vandal que art lorsqu’il a démarré le graffiti au balbutiement du mouvement. Aujourd’hui, il est donc plus art que street, ne trahissant pas pour autant sa peinture : « Ce que je fais sur toile, c’est exactement pareil que ce que je faisais dans la rue ! » Bref, au fil de son parcours, on l’a qualifié de graffeur, urban artist, artiste graffeur, à présent de street artist. Qu’importent les qualificatifs, « ce qui reste de toutes ces années, c’est JonOne. C’est toujours JonOne ! »

En dehors des sentiers battus

jonone @carré sainte anneEnfant du Bronx, d’origine dominicaine, John Andrew Perello aka JonOne est arrivé il y a trente ans à Paris. S’il était beau mec à 20 ans, il reste bel homme, la cinquantaine pimpante, et garde au coin de ses yeux facétieux l’étincelle du séducteur. Pourtant, malchanceux en amour… mais peut-on tout réussir dans la vie ? Une situation sentimentale comblée et une notoriété artistique mondialement reconnue…

Celui qu’on surnomme le King a bâti sa réputation pierre après pierre, coup de bombe après coup de pinceau. Icône des premières heures du graffiti new-yorkais des années 70, il est toujours là, 35 ans après et explique cette longévité par ses choix de carrière. Il l’a dit, il a quitté la rue pour ne plus y retourner, il a lâché les bombes dans les années 80 pour les troquer contre des pinceaux et de la peinture acrylique. Faisant de la toile son nouveau support. Plus de train, plus de murals, plus de métro… s’il ne tourne pas le dos au monde vandal qui a façonné ses premiers gestes, il avoue sans pudeur ne pas être puriste et s’orienter vers une direction plus conformiste, quitte à ébranler les mœurs de ses confrères artistes urbains. N’en déplaise à ceux qui ne suivent pas sa stratégie, « ils sont nombreux les graffeurs de mon époque qui font des frites-burgers aujourd’hui ! » Il est comme ça JonOne : ne veut pas qu’on lui dise qui il devrait être, n’ayant jamais adopté la panoplie Hip-Hop qui consiste à « porter des Adidas aux pieds, des chaines au cou et un casque aux oreilles ! » L’habit ne faisant pas le moine, la bombe ne faisant pas le graffeur, c’est toujours en marge de la marge qu’il s’est exécuté, s’affranchissant du modèle américain qui l’a fait s’exiler en France. Outrepassant aussi les codes du Hip-Hop et du graffiti US qui ont fait, à ses yeux, « un mouvement aussi coincé que le système américain ! » C’est donc pour assouvir ses envies de briser les moules et autres carcans communautaires qu’il est sorti du lot, sans y être vraiment rentré, « en faisant les choses différemment. J’étais déjà un autre, pas comme les autres… »

Above and below : son expo au Carré Sainte-Anne

above and below - jononeC’est au cœur de la majestueuse église désacralisée aujourd’hui devenue un lieu de rendez-vous des artistes contemporains à Montpellier que JonOne a posé ses toiles. Une aubaine pour ce croyant qui tient son succès au miracle. « Vivre de son art, c’est comme gagner à la loterie. A mon époque, il y avait des graffeurs bien plus talentueux que moi ! C’est un miracle si j’en suis là aujourd’hui ! » Mais ces toiles ne sont pourtant pas arrivées là prodigieusement. Son exposition Above and below reste le fruit d’un artiste acharné, qui réfléchit trois coups à l’avance, anticipe toujours « qu’est-ce que je vais créer demain ? » Entre sculptures et peintures, la couleur explose de toutes parts comme une échappatoire au monde désœuvré dans lequel il a grandi. La couleur, c’est aussi le souvenir de ces métros graffés qui passaient à toute vitesse laissant derrière eux une trainée de pigments. Il n’est pas exclu pour autant de croiser parmi cet art abstrait des toiles sombres – voire des quasi monochromes noirs – dans ses collections. Une de ses œuvres au Carré Sainte-Anne, Dissolution, vient d’ailleurs freiner cette profusion de couleurs. Comme pour refléter sa part d’ombre. Comme pour représenter le Yin et le Yang. Mais aussi parce que le noir et blanc faisait déjà partie de ses travaux au début de son art. La tristesse, il l’admet, reste toutefois le point d’encrage de ce gamin issu de la minorité noire-américaine qui s’ennuyait dans un Bronx qu’il compare à l’enfer. Enfant du « no hope, no future », il a su prendre sa revanche sur son destin et n’aspire depuis tout ce temps qu’à une chose : laisser sa trace. Prochain objectif : « exposer dans un musée ! »

Dissolution - Jonone

Above and Below au Carré Sainte-Anne jusqu’au 1er novembre 2015 : 2 Rue Philippy à Montpellier

Above and Below Pictures

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