INTERVIEW // Seth : « Ma peinture, c’est de l’art participatif »

By Amelie Sales — août 13, 2014

Avec ses personnages enfantins et ultra-colorés, Julien Malland alias « Seth, le Globepainter », s’est forgé un style et un nom. Propulsé sur le devant de la scène street-art française, depuis qu’il a intégré l’équipe des « Nouveaux Explorateurs » de Canal +, il nous livre sa vision de l’art urbain. Rencontre avec l’artiste, à l’occasion du festival K-Live à Sète.

Seth à Sète ©Guillaume RizzoLe grand public t’a connu au travers de tes aventures de « Globepainter » sur Canal +, comment es-tu entré dans cette aventure ?

Je parcours le monde pour peindre depuis 2003, et j’ai sorti un livre sur ces voyages, Globe-painter, en 2007 [Ndlr : et Extramuros en 2012 !] Visiblement, il a plu aux producteurs des Nouveaux Explorateurs. Un jour, ils m’ont appelé et m’ont proposé de me payer des billets d’avion pour aller peindre aux quatre coins du monde et rencontrer d’autres artistes… J’ai dit banco, c’est un rêve ! Je suis complètement libre au niveau des sujets et des endroits où je vais et faire découvrir tout ça au grand public, grâce à la télé, c’est vraiment une superbe opportunité.

Les « Nouveaux Explorateurs » est une des seules émissions à mettre en valeur le street-art à la télévision, c’est un manque sur le PAF ?

C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’espace pour l’art graphique en général à la télé. Les « Nouveaux Explos » font découvrir le monde sous un angle différent. Pas de prostitution, de drogue, d’argent, etc. C’est une émission avec un point de vue positif. Au-delà de l’art, ça permet de changer de regard sur ce qu’il y a autour de nous, d’aller à la rencontre de cultures différentes, de voir les villes d’une autre manière. Ça dépasse largement le simple street-art, l’environnement est finalement plus important que la peinture en elle-même. Ça serait intéressant de voir plus d’émissions de ce genre-là et je suis prêt à m’investir dans de nouveaux projets.

Si tu devais retenir une destination parmi tous tes voyages, ce serait laquelle ?

Le Brésil. Déjà, parce que j’y ai habité et aussi parce que c’est là que je me suis vraiment mis à faire des persos dans la rue. Là-bas, j’ai compris qu’on pouvait faire autre chose que du vandale. Contrairement à la France, l’art de rue est libre au Brésil, on peut peindre sans se faire embarquer par la police. Le graffiti vandale s’est développé en France parce que c’est la seule manière de s’exprimer rapidement sur un mur. Si j’essaye de faire un perso dans la rue sans autorisation légale, je risque de vite me retrouver en garde à vue. Au Brésil, il suffit d’aller taper à la porte de quelqu’un, de lui montrer quelques dessins et, s’il est d’accord, tu peux poser une pièce sur son mur sans soucis. Du coup, tu peins tout le temps à ciel ouvert et ça change tout. Ce n’est pas la même civilisation que nous, ici, on est beaucoup plus fermé.

Seth à Sète (4) ©Guillaume Rizzo

Tu évoques les graffeurs vandales français, certains d’entre eux ont encore du mal à accepter les « nouveaux » street-artistes, notamment depuis qu’ils ont également du succès en galerie, quel est ton point de vue ?

Déjà, avant d’être du street-art, c’est de l’art tout simplement et il a tout à fait sa place dans les galeries. À entendre ces critiques, il faut se demander qu’est-ce qu’on considère comme de l’art urbain ? Est-ce qu’il faut forcement peindre la nuit et se faire courser par la police pour être reconnu ? Non ! C’est d’abord s’exprimer dans l’espace public. Avant d’être des street-artistes, nous sommes d’abord des artistes qui avons pour ambition de faire connaître notre art et de le faire vivre. Un type qui peint dans la rue et qui arrive aussi à vendre des toiles en galerie, ça veut juste dire qu’il arrive à vivre de son travail et c’est plutôt positif, tant mieux pour lui.

Mais, c’est vrai qu’avec la tendance actuelle, le terme « street-art » est devenu un argument marketing pour certains. Ce qui me gène vraiment, ce sont ceux qui commencent dans la rue parce qu’ils voient l’engouement du public et la visibilité que ça apporte, tout ça pour entrer dans une galerie et vendre plus de toiles. Quand la rue devient juste un moyen et n’est pas une passion pour partager son art, là, c’est effectivement plus contestable. Il faut dire aussi que les galeries en profitent beaucoup, elles surfent bien sur la vague pour développer leur marché.

Seth à Sète (3) ©Guillaume Rizzo

Que retiens-tu de ton passage à Sète pour le K-Live ?

Vu que je suis tout le temps en vadrouille, ça m’a fait plaisir de faire une escale dans le Sud. Sète, c’est une ville que je connaissais quand j’étais petit. J’y suis venu en vacances, ça me rappelle mon enfance. En plus, le K-Live est un festival que je ne connaissais pas très bien et que j’ai pu découvrir. L’ambiance est vraiment sympa et ce genre d’initiative est encore trop rare en France. Il y a pas mal de projets qui s’organisent autour du graffiti, comme le Meeting Of Style, par exemple. Mais des événements comme le K-Live, où chacun a son mur et peut exprimer sa vision personnelle du street-art, que ce soit des graffs, des collages, des pochoirs, etc., il y en a très peu.

Peux-tu m’expliquer l’histoire de ton « Passe-muraille », ton personnage fétiche?

L’idée, c’est de regarder au-delà des apparences et de faire appel à l’imagination du public. Chacun peut l’interpréter à sa manière, petits comme grands, et c’est ça que je veux. J’aime réveiller notre âme d’enfant, qu’on aille chercher dans notre imagination ce que l’artiste n’a pas forcement expliqué. C’est une manière de faire participer le public à mon œuvre. Qu’il puisse y mettre sa touche personnelle, loin de ce que je pouvais imaginer au départ. C’est de l’art participatif !

Seth à Sète (2) ©Guillaume Rizzo

Et qu’est-ce qui t’inspire ?

Je lisais beaucoup de BD belges quand j’étais petit, donc, on peut trouver des influences de ce côté-là : Tintin, Hugo Pratt, Moebius… J’aime beaucoup Hayao Miyazaki aussi, pour son côté onirique et enfantin. Et puis, ce qui m’intéresse c’est de rendre hommage au lieu où je peins. À Sète, par exemple, j’ai fait un personnage avec un poulpe qui s’échappe de sa tête. Un clin d’œil pour rappeler l’identité de cette ville tournée vers la mer.

Dernière question : quelle est ta prochaine destination ?

Je pars peindre au Canada, ensuite je vais dans une communauté afro-américaine près de Bâton-Rouge, aux États-Unis. Je dois aussi aller en Russie… Je continue mon petit bonhomme de chemin quoi !

Propos recueillis & Photos : ©Guillaume Rizzo

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Amélie Sales - Éditrice de Busk Magazine ©2012-2016 Tous les textes et les photos sont protégés par un droit d'auteur. Reproduction interdite !

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