IBOUGALOO // « Je suis tombé dans la danse par accident »

By Amelie Sales — mars 21, 2012

Originaire de Roubaix, Ibrahim Diame aka Ibougaloo (Ibou pour les intimes !) vit à Montpellier depuis 2004. D’abord graffeur vandale puis MC au sein du groupe Da.Mas, il a très vite été happé par la danse debout. Aujourd’hui chorégraphe, il écrit le Hip-Hop avec autant de force que de sagesse.

Dans un corps séquestré, brimé, vibrant d’émotion et de volonté, l’homme prisonnier lutte pour surpasser son impuissance. Les mouvements sont saccadés, emprunts d’aliénation, incontrôlés, électriques. L’ambiance est sombre et pourtant pleine d’espoir. « Pour rentrer dans la peau du personnage, il a fallu que j’intègre dans mon corps l’absence totale de muscle. Il me faut une heure de préparation mentale avant de jouer ce rôle ». Ibrahim Diame jette un pavé dans la marre : il aborde un sujet épineux, seul en scène avec une chaise roulante, interpelant son public sur la vision du handicap. Dans son spectacle Dépendance/Indépendance créé en 2009, le jeune chorégraphe provoque l’émotion, choque, dérange, intrigue mais ne laisse jamais indifférent. « Ce rôle de handicapé m’a fait comprendre les mécanismes de mon propre corps » et tend à nous faire prendre conscience des nôtres. Pour ce faire, il n’a alors pas hésité à aborder un thème lourd de tabous et de peurs qui rebute encore quelques programmateurs, conséquence d’un malaise social. Pourtant, la pièce remporte un franc succès comme au festival d’Avignon où elle a été jouée la première fois. Un étonnant pied-de-nez pour ce danseur « tombé dans la danse par accident. »

Dak Ness résume mon parcours dans la danse


Membre du collectif South Popper, promu meilleur danseur de l’année 2004 par la fédération Roots&Routes, initiateur du Battle 2nde chance, du Battle Impérial et du Tremplin Chorégraphique Languedoc Roussillon, danseur de la compagnie Atypik, directeur artistique de l’association Kefadiam, chorégraphe pour le Théâtre National de Chaillot, danseur pour la Compagnie Käfig, il a également intégré en 2009 la compagnie Montalvo-Hervieu… Bref, le CV d’Ibrahim est bien fourni et la modestie qui accompagne l’artiste reste intacte. Débordant de créativité, il écrit et chorégraphie ses spectacles. Avec sa compagnie Du Nord au Sud qu’il fonde en 2009, il aborde un autre sujet qui lui tient à cœur : les frontières sociales comme physiques. Le spectacle Dak Ness qu’il partage avec Abdellah El Harkati et Micaëlle Despaquis retrace alors la complexité de l’homme à se confronter aux limites du monde, à ses propres limites, à l’autre. « J’ai été inspiré par toutes les difficultés et les barrières rencontrées sur mon chemin parcouru dans la danse. »

Pour l’heure, Ibrahim est en proie aux subventions pour pérenniser son projet Dak Ness, en tournée avec Montalvo-Hervieu jusqu’à la fin de l’année et s’apprête à rejoindre les bancs de la fac en Master 2 Direction artistique de projets culturels. L’artiste « archi over-booké » qui n’avait pas imaginé « faire sa vie dans la danse » emprunte la voie royale vers une belle carrière. Et malgré un agenda bien chargé, le jeune homme, cœur sur la main, trouve le temps de s’investir dans l’association humanitaire de son père, Nour L’Kalbi, qui se bat pour l’ouverture d’une école primaire en Gambie : www.nourlkalbi.com.

Extraits de Dépendance/Indépendance :

About Author

Amélie SALES ©2012-2017 Textes et photos protégés par un droit d'auteur. Reproduction interdite !

View all Amelie Sales posts.

Leave A Reply

Laisser un commentaire

Visit Us On FacebookVisit Us On TwitterVisit Us On Instagram