GUM // « L’art, c’est trois branlettes par jour ! »

By Amelie Sales — février 21, 2012

Dans une société plastique, dégoulinant sous l’effet de serre, dépourvue de conscience individuelle et menée par la dictature de la surconsommation, Gum se blottît dans une bulle toute rose, comme pour se protéger d’un monde adulte auquel il ne veut appartenir. Rencontre avec un artiste haut en couleur, frappé de plein fouet par le syndrome de Peter Pan.

Jambes croisées, recroquevillé sur lui-même, Gum bidouille la touillette de son cassis à l’eau sur le coin de la table. Sensible, calme, quelque peu intimidé, il confesse, modestement, n’être encore « qu’un bébé dans le monde de l’art ». Street artist vandale à ses débuts, il lâche la rue pour se conformer à un dessein plus artistique. Et dans les dédales d’un monde lobotomisé, manipulé par le dictat de la publicité, il prend le chemin de l’enfance pour livrer un combat. « Fuck Growing Up, c’est un peu mon hymne : j’veux pas grandir ! Chaque société a les artistes qu’elle mérite et si j’suis comme ça, c’est bien à cause de notre société. La publicité nous fait croire qu’on va être des stars avec de belles voitures et une maison qui brille ! Je n’ai pas envie de grandir dans ce monde d’hypocrites qui nous promet la lune ! » Le combat qu’il mène, c’est avant tout contre la publicité et le rêve d’un monde aseptisé auquel elle nous fait croire. « 99 francs, Fight Club et Idiocracy sont trois films qui résument toute ma démarche idéologique et artistique ! »

Tiraillé entre l’homme et l’enfant, l’artiste de 35 ans évolue dans cette bipolarité, jonglant avec les codes enfantins et le langage adulte. Avec ses pochoirs, qu’il découpe, assemble, colle, bombe et décolle, il met en scène un univers rose bonbon, grimé et chamarré, aux saveurs chamallow. Il se cache derrière son art comme un enfant derrière un gribouillis. Et dans ses esquisses, il s’inspire des Pixar pour souligner un monde parfait, plastique, où rien ne dépasse, rien n’est laissé au hasard. « Tout est calculé, je connais le rendu final de mes toiles à l’avance, je travaille comme un ordinateur ! » Son travail mécanique ne donne pas la moindre chance aux sentiments de s’affirmer, comme une peur de l’artiste de perdre le contrôle sur ses émotions. Mais, dans toute cette rigidité et cette pudeur, Gum divulgue sans retenue son terrain de jeu favori : l’orgasme. « L’art, c’est trois branlettes par jour ! Quand tu atteins l’orgasme, tu es en transe et tu pars dans les méandres de l’univers. Tu peux toucher les questions et les réponses de l’univers. » Le sexe, c’est avec un regard d’adulte qu’il l’aborde et l’exhibe sur ses toiles. Une affluence porno chic au féminin qui rejaillit sans vulgarité et qu’il faut considérer au plus haut degré. « Dans ma peinture, il y a un message très simple : ne pas se prendre au sérieux. Je trouve que le monde se prend un peu trop au sérieux en ce moment ! » Alors, Hello Kitty devient Hello Klito, Blanche Neige écarte les cuisses et l’Origine du monde prend tout son sens dans l’imaginaire de Gum qui se faufile dans la sphère pénétrante des sex toys. « Sex toy, c’est marrant, le sexe renvoie à l’univers de l’adulte, mais le jouet appartient à l’univers de l’enfant ! »

L’artiste orgasmique qui s’est vu refuser trois fois l’entrée aux Beaux-arts, sillonne aujourd’hui les galeries d’Europe et parcourt l’Hexagone pour mettre son art au service de sa révolte mais aussi en quête de reconnaissance. « La pub c’est contre quoi je lutte et il me faut un combustible. C’est l’amour des gens le combustible. Un artiste n’existe pas sans l’amour humain, sans le regard humain. La reconnaissance est très importante. On est tous des singes endimanchés en mal de reconnaissance. On court après les lauriers de la gloire, mais pour moi c’est le chemin qui est important, pas le trésor ! » Son prochain objectif : la grosse pomme. « Mais j’attends d’avoir encore évolué pour être sûr de mettre sa claque à New York ! »

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Amélie Sales - Éditrice de Busk Magazine ©2012-2016 Tous les textes et les photos sont protégés par un droit d'auteur. Reproduction interdite !

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(2) Readers Comments

  1. Staff (photo)graff du Collectif des 12 Singes
    Reply →
    25 février 2012 at 13:54

    Comme on l'avait dit, c'était prévu de faire un article graffique sur cet Artiste et cette interview nous a motivés à le faire au plus tôt, sachant qu'un autre arrivera ensuite sur les devantures customisées par Gum.

  2. Zoulette
    Reply →
    11 mars 2012 at 20:43

    Très belle découverte pour moi. Affaire(s) à suivre!! Bonne continuation à toi Gum;)

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