GRAFFITI // Ewok tire sa révérence. Les graffeurs tirent son portrait.

By Amelie Sales — novembre 01, 2012

Le 19 août dernier, le graffeur montpelliérain Ewok aka Jérôme s’éteignait à l’âge de 36 ans. Présent sur la scène graffiti depuis le début des années 90, il faisait partie du crew DSA (Da Sect Artistik) avec Phaz7, Kaes et Speo. Depuis sa disparition, l’on a pu apercevoir ici et là des graffs en son honneur, en ville ou encore dans le Verdanson. Mais le mois dernier, la famille du graffiti a tenu à esquisser deux murs en sa mémoire sous un pont de l’autoroute de Saint-Jean de Védas.

Il était un ami pour Phaz7 avec qui il a parcouru le monde du graffiti. Ensemble, ils ont sillonné la ville de Montpellier, ses quartiers et ses villages, en quête de liberté : celle de s’exprimer à travers un art encore mal compris aujourd’hui, le graffiti. Il était sa « photocopieuse » comme il aimait à se comparer : quand Phaz7 brossait les contours d’un lettrage, il s’attelait à les remplir. Ils étaient complémentaires en somme et l’univers du graff, avec tous les a priori qu’il comporte, devenait le fil conducteur de leurs enrichissantes rencontres. Le vecteur de sa vie : l’entrainant vers la musique, le tatouage, le design mais aussi le tuning. Il était un artiste accompli, un graffeur polyvalent en phase avec l’esprit Hip-Hop et le désir ardent de revendiquer son identité. Il était un fils, un grand frère, un cousin ou encore un amour pour Mia qui a partagé sa vie et qui, non sans émotion, décrit l’artiste comme un homme exigent avec lui-même et avec les autres mais un homme juste avant tout. Il était un mentor pour Samer (petit frère de Mia) qui a tiré de son enseignement les bases du graffiti et tout le respect et la rigueur que cette discipline impose. Il était respecté, parfois craint, par son tempérament impulsif. On pouvait l’aimer ou pas mais « peu importe qui il rencontrait et pourquoi, quand tu as croisé sa route une fois, tu ne peux pas l’oublier ! » explique Phaz7. « Mais surtout, derrière son imposant charisme, Ewok était un homme hypersensible, comme la plupart des artistes d’ailleurs ! Il avait un cœur gros comme ça ! »

Parce qu’il a marqué les murs autant que les esprits et pour qu’on ne l’oublie pas, des graffeurs montpelliérains ont tenu à lui rendre hommage au cours du dernier week-end de septembre, en partie orchestré par Samer. Réaliser une fresque en son honneur se montrait comme une évidence, telle l’élaboration d’une épitaphe à grande échelle sur l’autel de sa mémoire. Le tout chapeauté par la passion du graffiti. Sous le pont de l’autoroute de Saint-Jean de Védas que fréquentait souvent Ewok, deux murs prenaient des couleurs au fil des jours malgré la météo peu clémente ce week-end-là. Celui de gauche, entièrement réalisé sous les sprays de Samer, laisse apparaitre le portrait d’Ewok et la mise en abîme de ce qu’il chérissait : le tatouage, les voitures, le tuning, le graffiti, l’île de sa mère (La Réunion). Sur le second mur, plusieurs graffeurs se sont succédés pour inscrire le blaze du défunt comme on signe la fin d’une lettre. Le dimanche 30 septembre, jour de la Saint-Jérôme (le prénom d’Ewok), une quarantaine de personnes (amis, famille, graffeurs) s’était attablée dès le matin face à la fresque, autour d’un repas. Entre joie, tristesse et émotion, les différentes générations se sont réunies, rencontrées, ont appris à se connaître, à se comprendre et pour les moins avertis, à enterrer les préjugés sur le graffiti. Les maitres-mots de cette réunion étant de « communier ensemble sous l’égide de l’amour et du partage » comme le souligne Samer.

Cette rencontre et cet hommage posthume n’est pas sans rappeler la perte du graffeur Meso, décédé cet été quelques jours après Ewok. Mais ce rassemblement aura surtout gravé un peu plus les liens solides et solidaires qui subsistent dans cet univers trop souvent marginalisé et à jamais l’image et la mémoire d’un artiste parti trop tôt.

Artistes ayant participé à la fresque : Phaz7, C34, Ceaf, Renoa, Tost, Maye, Sidk, Momies, Soly2, Sapo, Zona et Samer.

►► Big up : Le crew DSA tient à remercier Oper, Sox, Nect, Psi, Esp, Maw, Olymp, Zona, Skize2, Toon, Indo, Benco, Tost, Mia, C34, Dan, Maye, Ceaf, Soly2, Awen, Sade et l’équipe de Montana Montpellier, Kloze, Cercle makabre et la cité Paul Valéry ainsi que les crews MBZ, ADP, UF, UPS, KDT, CSP, LSDF, HOT, 68C, JAM et MSB. « Un big up à tous ceux qui se sont rendus sur les lieux au cours de cet hommage et à sa famille réunionnaise qui n’a pas pu être présente. Une pensée particulière pour Meso ! »

►►► Pour voir toutes les photos de la réalisation de la fresque : cliquez ici !

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(4) Readers Comments

  1. hoarau rigal didier
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    1 novembre 2012 at 14:49

    merci pour cet article et encore merci a tout le monde. son frère didier

    • 7 novembre 2012 at 01:20

      Merci à vous tous :)

  2. zepha
    Reply →
    2 novembre 2012 at 17:15

    très très bel hommage, très bel article aussi....

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